Le métier de conseiller en gestion de patrimoine n’a jamais été aussi porteur — ni aussi exposé. Trois forces de fond le redessinent simultanément : une vague de transmission patrimoniale sans précédent, une réglementation européenne qui rehausse le niveau d’exigence, et l’irruption de l’IA et de la donnée structurée comme socle d’exercice. Le CGP qui prospérera en 2028 ne sera pas celui qui aura le mieux résisté au changement, mais celui qui l’aura instrumenté. Voici, chiffres et sources à l’appui, ce qui se joue vraiment.
Force n°1 — La grande transmission : un marché qui change de mains
Entre 2025 et 2040, environ 9 000 milliards d’euros de patrimoine seront transmis en France, selon le rapport de la Fondation Jean-Jaurès La roue de la fortune (septembre 2025). Le flux successoral annuel — successions et donations — passerait de 464 Md€ en 2025 à 677 Md€ en 2040, soit de 16,1 % à 20,2 % du PIB (Fondation Jean-Jaurès ; Crédit Agricole). Côté INSEE, 41 % des ménages avaient déjà hérité en 2023-2024, et le patrimoine moyen des ménages héritiers (515 400 €) dépasse de 37 % la moyenne nationale (INSEE).
Cette manne est aussi une menace. Selon l’enquête mondiale Natixis 2024 auprès de 2 700 conseillers, 43 % redoutent de ne pas conserver les actifs des héritiers, et seuls 50 % des enfants maintiennent le conseiller de leurs parents — contre 72 % pour les conjoints (Natixis IM). L’enjeu n’est donc pas de capter de nouveaux flux, mais de ne pas perdre ceux que l’on gère déjà. Les leviers identifiés sont connus : impliquer les héritiers en amont, anticiper la planification successorale, et répondre aux attentes d’une génération pour qui la qualité de l’expérience digitale est un critère de choix du conseiller (Shares.io).
Force n°2 — La pression réglementaire : moins de zones grises, plus de preuve
Le grand malentendu d’abord : non, Bruxelles n’a pas interdit les rétrocessions. L’accord politique sur la Retail Investment Strategy (RIS), conclu entre le Conseil et le Parlement le 18 décembre 2025, écarte l’interdiction générale un temps redoutée (Conseil de l’UE). Le texte conserve la distinction conseil indépendant / non-indépendant héritée de MIF II, mais renforce trois exigences : toute incitation perçue doit procurer un « avantage tangible » au client, être divulguée séparément, et s’inscrire dans une logique de « value for money » — comparaison des coûts et performances par groupes de pairs (Loyens & Loeff). L’application générale est attendue fin 2028 (18 mois pour le volet PRIIPs), après transposition nationale (CMS). Chaque État reste libre d’imposer des règles plus strictes.
Cette logique de preuve est déjà à l’œuvre côté français. La recommandation ACPR 2024-R-03 (21 novembre 2024), applicable depuis le 31 décembre 2025, redéfinit le recueil d’informations client pour le devoir de conseil en assurance (ACPR). En 2026, l’AMF annonce vouloir travailler sur les textes d’application de la RIS — transparence des frais et appréciation du rapport coûts-bénéfices (AMF, priorités 2026). Les contrôles se rapprochent aussi du terrain CGP : l’accord de composition administrative conclu avec Cheval Blanc Patrimoine le 3 septembre 2025 sanctionnait notamment un défaut d’information sur le caractère non-indépendant du conseil (AMF). S’ajoutent la vigilance conjointe AMF-ACPR sur les produits complexes et structurés — dont la collecte est passée de ~23 Md€ (2021) à près de 42 Md€ (2023) (Pôle commun AMF-ACPR) — et l’approche conjointe publiée en novembre 2025 sur les préférences de durabilité des clients (ACPR-AMF).
Force n°3 — IA et données : l’outil de production devient l’avantage compétitif
La profession se porte bien : selon le baromètre CNCGP 2025, le chiffre d’affaires moyen par adhérent atteint 650 000 €, en hausse de 9 % sur un an, pour plus de 105 Md€ d’encours suivis (CNCGP ; Haussmann-Fusac). Mais elle reste très atomisée : 62 % des cabinets ne comptent qu’un seul conseiller (baromètre CNCGP 2025). Pour ces structures, absorber la charge documentaire et réglementaire à effectif constant impose de s’outiller.
C’est là que l’IA et la donnée changent la donne. Tous les cabinets accèdent désormais aux mêmes briques d’IA générative ; l’avantage se déplace vers ceux qui disposent de données clients propres, structurées et exploitables — prérequis aussi bien pour automatiser la conformité que pour valoriser un cabinet en vue d’une cession (Club Patrimoine). Or 47 % des conseillers se disent insatisfaits de leurs outils digitaux (Previssima). L’écart se creusera entre cabinets équipés et non équipés.
À retenir
- 9 000 Md€ transmis en France d’ici 2040 : opportunité majeure, mais 50 % des héritiers changent de conseiller — la rétention se prépare en amont (Jean-Jaurès ; Natixis).
- RIS : pas d’interdiction des rétrocessions, mais « avantage tangible », transparence et value for money, application visée fin 2028 (Conseil de l’UE).
- ACPR 2024-R-03 applicable depuis le 31/12/2025 : devoir de conseil assurance renforcé (ACPR).
- Donnée > IA : l’avantage durable, c’est une base client structurée et auditable.
Ces trois forces convergent vers un même besoin : traçer chaque conseil, prouver chaque décision et fidéliser une relation qui se transmet de génération en génération. C’est précisément ce que Junga cherche à outiller, en plaçant la conformité et la donnée client au cœur du quotidien du cabinet.